Bohin : « Le carbone n'est pas là où on l'imagine »
Comment une PME industrielle passe d'une écologie de bon sens à une logique de pilotage, sans transformer son fonctionnement ni alourdir son organisation ?
Chez Bohin, la réponse ne s’est pas faite à l'occasion d'un plan stratégique, mais lors d'une mise à plat progressive de l’existant.
Fondée en 1833, Bohin est aujourd’hui la dernière manufacture française d’aiguilles à coudre et d’épingles. L’entreprise est conduite par Audrey Régnier, directrice générale, en co-association avec Fabien Régnier, son mari (co-dirigeant à parts égales).
Ensemble, ils pilotent l'entreprise à travers trois pôles d'activités :
  • La production industrielle,
  • Le négoce international en mercerie premium,
  • Et le Musée des Ateliers Bohin (12.000 visiteurs / an).
Un modèle hybride, où les impacts ne se situent pas uniquement dans l’outil de production, mais à l’échelle de l’ensemble des flux.
Avant le Diag Décarbon’action, le sujet environnemental était déjà présent chez Bohin, mais sans cadre précis. Il se traduisait par des actions concrètes : réduction des déchets, réutilisation des matières, attention aux usages. “On a commencé à aborder la question de l’écologie en interne par du bon sens”, explique Audrey Régnier.
Mais comme souvent dans une PME, cette dynamique reste difficile à tenir dans la durée. “On a toujours l’impression qu’il y a plus urgent.” Le sujet progresse, sans jamais vraiment devenir un critère de décision.
Un premier cadre émerge avec le Diag Éco-flux mené avec Bpifrance, centré sur l’optimisation des ressources. Le Diag Décarbon’action vient ensuite prolonger cette dynamique, avec un objectif différent : construire une lecture globale des émissions et des leviers d’action. “J’avais besoin d’une photographie à l’instant T, avec un regard extérieur.”
Le travail mené avec Inuk consiste alors à reconstruire une vision cohérente des émissions à partir des données réelles de l’entreprise. Il ne s’agit pas d’ajouter de la complexité, mais de produire une base de lecture fiable, exploitable dans le temps. Très rapidement, un premier décalage apparaît. “Le carbone n’est pas là où on l’imagine.”
Ce que le diagnostic révèle, ce sont avant tout des angles morts. L’activité du musée, par exemple, génère des émissions importantes à cause des déplacements des visiteurs, alors même qu’elle est perçue comme un levier de valorisation et de transmission.
Pour les produits, c’est l’inverse de ce qu’on imagine : ce n’est pas leur transport qui pèse le plus, mais la fabrication des matières premières, beaucoup plus consommatrice d’énergie.
Cette prise de conscience ne remet pas en cause les actions déjà engagées. Elle permet de mieux prioriser.
Le climat devient alors un outil de lecture des décisions existantes.
Le projet de déménagement en est un bon exemple. En réflexion depuis plusieurs années, le diagnostic en chiffre les effets : une réduction estimée de 18 % des émissions, liée notamment aux choix énergétiques et à l’optimisation des usages. “Ça nous a vraiment confortés dans ce choix.” Le diagnostic ne crée pas la décision, il en précise la portée.
Au-delà des résultats, c’est la posture d’accompagnement qui ressort dans le retour d’expérience. “On ne s’est jamais sentis jugés, ni pris de haut.” Le sujet a été abordé sans discours culpabilisateur, avec une logique d’analyse et d’appropriation. “C’était un travail de recherche.” Cette approche a permis de sortir d’une vision abstraite du carbone pour en faire un objet concret, compréhensible et mobilisable.
Ce qui change, ce n’est pas seulement la connaissance, c’est l’usage.
Le climat s’est progressivement intégré dans le fonctionnement courant de l’entreprise. Il s’invite dans les échanges avec les équipes de maintenance, les achats, les fournisseurs. “Ce n’est pas un sujet de séminaire. Ça doit devenir un sujet du quotidien.” Il est devenu un paramètre parmi d’autres dans la prise de décision, au même titre que les coûts, les contraintes industrielles ou les enjeux commerciaux.
Un point reste néanmoins central : la difficulté de structurer ce type de démarche seul. “On n’aurait pas pu le faire seuls.” L’enjeu n’est pas uniquement technique. Il tient à la capacité à poser un cadre, mettre des données sur les impacts, sans réduire la complexité du modèle, et à relier les sujets entre eux. Le rôle d’Inuk se situe précisément à cet endroit : transformer un ensemble d’initiatives en une lecture exploitable et pilotable.
La suite est déjà envisagée. Un nouveau bilan est prévu en 2027, une fois le déménagement pleinement effectif, afin de mesurer les impacts en année pleine. Une étape logique dans une trajectoire qui s’inscrit dans le temps long.
Chez Bohin, rien n’a été bouleversé. Les gestes existaient déjà. Les arbitrages aussi. Ce qui a changé, c’est la manière de les regarder. Le climat ne s’est pas ajouté au reste. Il s’est intégré dans les décisions, dans les échanges, dans le quotidien. Et c’est à cet endroit que le sujet commence réellement à produire des effets.

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